Talvère?

La nature ?

Satish Kumar, extraits d’un entretien

Un homme étonnant : enjoué et doux, drôlement tonique malgré ses 82 ans. Initié enfant à la spiritualité jaïn et engagé dans les mouvements de paix des années 1960. Philosophe, activiste écologique et entraîneur spirituel – comme on dit entraîneur sportif. Et aussi fondateur du Schumacher College, en 1990, dans le sud de l’Angleterre, près de Totnes – l’une des capitales du mouvement des villes en transition et foyer de la campagne écolo radicale, Extinction Rebellion. Dans cette école pour adultes, baignée d’une beauté frugale, on apprend à cultiver les quelques hectares qui l’entourent selon les principes agroécologiques, on s’initie aux modèles économiques alternatifs et on commence la journée de travail par une séance de méditation collective. Son livre, Pour une écologie spirituelle, connaît un joli succès en France.

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La chaise sur laquelle je suis assis est une bonne chaise, j’aime cette chaise, je la remercie. Mais, pour autant, je n’affirme pas qu’elle est à moi et que personne ne peut la prendre. Quand je veux m’en aller, je la quitte. L’attachement est un fardeau qui ne t’apporte que malheur : «ma» femme, «ma» maison, «ma» mère, «mon» argent, «mon» job, «moi, moi, moo» ! Or même le moi ne m’appartient pas. Il est tissé de non-moi : de ces cinq éléments universels, selon la tradition jaïn, que sont la terre, l’eau, l’air, le feu et la conscience. Si j’oublie cela, je me condamne à vivre dans la séparation d’avec la nature, d’avec les autres et finalement d’avec moi.

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la nature n’est pas une ressource pour l’économie ! Elle est une ressource pour la vie. Qu’est-ce que la nature ? C’est ce qui naît : ce qui est natal, natif, à naître, nous confirme l’étymologie.

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Si j’ai faim, je vais voir un pommier. Si je veux parler, je vais voir un humain. Mais la diversité n’est pas séparation : nous procédons tous d’une réalité unique qu’est la nature. Voilà pourquoi nous devons agir sans violence ni attachement envers elle, afin de la laisser être.

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Il n’y a pas un sujet «homme» et un objet «nature». Il n’y a que des sujets ! Et tous dépendent les uns des autres. L’homme est à la fois l’observateur et l’observé. Avec Lovelock et Naess, nous commençons à nous approcher d’une science, que j’appelle de mes vœux, qui ne serait pas séparée de la spiritualité.

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«la Terre, l’âme, la société» (Soil, Soul, Society). J’entends certains dire : «Je m’engage pour l’écologie.» D’autres : «L’urgence, c’est le combat pour la justice sociale.» D’autres encore : «Je médite car seul l’éveil spirituel compte.» Ça ne peut pas marcher ! Nous devons faire les trois à la fois : prendre soin de la Terre, c’est prendre soin de son âme ; prendre soin de son âme, c’est se donner les moyens de s’engager de manière juste en politique, et ainsi de militer en retour pour une société favorisant la vie de l’âme et la préservation de la nature.

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L’âme est la graine : le potentiel que chacun porte en lui. Elle est comme le gland pour le chêne. Notre intelligence, notre imagination, nos engagements sont comme les branches de l’arbre dont la graine est l’âme.

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Je reste convaincu que nous pouvons aller vers une société meilleure. Mais ça ne peut pas être un objectif mesurable, planifiable, maîtrisable. C’est un voyage : un pas après l’autre, une action après l’autre. Attentif à ce qui, imprévu, émerge et nous appelle.

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